Entretien avec Anne Marie Dubois, médecin psychiatre et conservateur de la collection sainte Anne.

"L’art thérapie est une psychothérapie à médiation artistique "

L’art thérapie concerne-t-elle tous les modes d’expression artistiques et quelle en est la finalité ?

Au centre d’étude et de l’expression, il existe environ 15 ateliers d’art thérapie. Peinture, écriture, musique, danse et théâtre, tous les modes d’expression artistiques et de processus de création sont proposés.

Quand un patient a besoin d’une psychothérapie, il faut déterminer si celle-ci a besoin ou non de se faire par le biais du langage. L’atelier de création n’est pas relié à une psychothérapie, l’art thérapie constitue la psychothérapie et les arts thérapeutes sont à la fois des psychothérapeutes, des artistes, des art-thérapeutes.

A partir de là, dans la psychothérapie par médiation artistique, choisir le bon médiateur, le plus adapté à la personne est très important. Tout autant que de bien déterminer avec elle quel est le processus de création qui va pouvoir le mieux induire le changement psychique escompté.

Car la psychothérapie par médiation artistique n’a pas pour seule finalité de faire du bien à la personne. Cette forme de médiation met en jeux tout le corps, les représentations, les problèmes de communication. Et ce qui va compter dans les ateliers n’est pas l’œuvre produite mais le processus de création. Ce sont le mode d’expression, le mode d’élaboration dont les ingrédients - comme en psychothérapie - vont mener le patient vers un ailleurs qui vont être déterminants.

Les conditions d’exposition des œuvres des personnes ?

Au centre d’expression, nous avons fait le choix de faire partie de l’association Ecart qui est une association européenne d’art thérapie, ceci de manière à formaliser les approches. Et l’un des grands principes adopté en psychothérapie à médiation artistique est de ne jamais exposer les œuvres en train de se réaliser dans les différents ateliers. Ou alors, il faut dissocier les œuvre des la pathologie de leurs auteurs, sinon cela équivaudrait à déposséder le patient de la paternité de son œuvre et d’oblitérer celles-ci sous le signe de la pathologie.

A Sainte Anne, les œuvres ne sont exposées qu’à la double condition de pouvoir s’inscrire ailleurs, désinvesties en tant qu’outil thérapeutique et de pouvoir s’inscrire dans l’histoire de l’art.

Avec le soutien du comité de parrainage elles viendront s’inscrire ou non dans la collection Sainte Anne, collection qui regroupe – je le rappelle – non pas des œuvres réalisées en atelier d’art thérapie mais des dons faits à partir des années 1950 par des hôpitaux psychiatrique de différents pays, œuvres des patients artistes par ailleurs internés et soignés. Celles qui font partie du fond muséal répondent à deux critères : avoir plus de 30 ans d’âge pour appartenir matériellement au centre et s’inscrivent clairement dans l’histoire de l’art contemporaine avec une appartenance marquées aux références culturelles du moment.