Valaurie en Drôme : le Bastidou s’expose !
Du sol au plafond, à l’italienne, sur les trois étage de la maison de la Tour, 600 tableaux sont accrochés. Caractéristique majeure : ils ont tous été produits par des personnes qui souffrent de handicap psychique et qui peignent régulièrement dans le cadre d’ateliers qui leurs sont proposés.
« Depuis 15 ans, nous avons en charge l’animation de la maison de la Tour que la mairie nous a confiée. C’est la dernière année et notre but est toujours de faire grimper une marche au grand public qui visite régulièrement les lieux. Ce qui signifie amener le public à voir, apprécier et aimer autre chose que de la peinture descriptive ou au contraire abstraite. » Et Roger de souligner : « il y a trois ans déjà, nous organisions une première exposition des peintures réalisées par des peintres handicapés. A la faveur de notre rencontre avec Nadine. »
Nadine Nacinovic est art thérapeute et anime à la résidence le Bastidou au Poêt Laval des ateliers de création et de peinture pour les personnes qui y séjournent. « Il s’agit essentiellement de créations picturales. Ce qui est ici exposé est un travail de création artistique et non un état ou une évolution d’une pathologie à un moment donné. Chaque peinture est signée et le nom du peintre, ainsi que le titre de la peinture est rappelé dans un petit cartouche au bas du tableau.»
Quelle différence alors avec des ateliers d’art thérapie à proprement parler ? « Je ne me suis pas attardée au cours de ces ateliers de peinture à me concentrer sur une lecture psychothérapeutique mais plutôt sur la plastique : je regarde les lumières, les masses, les valeurs, les équilibres et je ne fige pas mon regard par la pathologie. Quelle différence y a t –il dans le fond entre un peintre handicapé, Max Ernst ou Paul Klee ? C’est le moment où la personne est en train de peindre qui est thérapeutique. » Nadine insiste : « Ici le force de l’expérience tient à l’exposition, au fait de s’exposer aux regards des autres et d’obtenir de la reconnaissance : voir dans le regard des autres la valeur de ce que l’on a produit. L’aspect psychothérapeutique a été travaillé ailleurs, dans des dynamiques de groupe avec des jeux de balles. En peinture ce qui est passionnant dans cette expérience pour les résidents du Bastidou a été de sortir du Bastidou, de voir leurs peintures exposées dans une galerie ouvertes aux peintres reconnus, au grand public et de constater que d’autres peintres achètent leurs toiles ! » Et Roger d’enchainer « et en un mois ce sont 190 tableaux qui ont été vendus ».
Catherine poursuit en reprenant le fil de l’origine. « Comment est-ce que tout ceci a commencé ? En Avril 2008 je suis allée voir une exposition à Grignan de peintres handicapés. J’ai été très touchée car il s’agit d’une peinture de qualité et d’une très grande intensité, avec une très grande liberté, dépouillée des codes et tendances attendus en peinture. Ce sont de peintres qui ont une vision personnelle du monde, un ressort intérieur hors du commun. En somme quelque chose à exprimer. A partir de là j’ai décidé de visiter un certain nombre d’établissements dans la région et avec Roger, nous avons été accueillis par 15 établissements, le premier étant celui du Bastidou. Nous y avons rencontré des personnes très touchantes et très attachantes alors qu’elles ont tant de soucis avec leur vie intérieure. Je n’oublierai jamais certaines conditions nécessaires à la réalisation de la peinture, comme par exemple la nécessité pour certaines personnes de leur attacher les jambes pour faire cesser les tremblements et qu’elles puissent se concentrer sur leurs mains et leurs visions ! »
Ni Roger, ni Catherine ne pouvaient imaginer à quel point cette expérience allait les bouleverser et changer leur vision des choses, y compris leur vision de la peinture. D’ailleurs, ils mobilisent déjà les résidents des établissements visités pour participer en mars 2010 à l’opération « Besoin de Toit ». Des petites maisons-lucioles sont en cours de confection et seront exposées et vendues le 13 mars au profit des personnes qui n’ont pas encore de toit.

