le docteur Michelle Serrand,
responsable de service
soins de suite et de réadaptation
« Lorsque votre parent
vous demande
“Mais qui êtes-vous Madame ?”,
vous êtes confronté
à une grande souffrance,
doublée d’un très fort
sentiment de culpabilité.
Dans ce cas précis,
il vous est impossible
de prendre la personne
en charge et de l’aider. »
J’AI CHOISI la gériatrie
« Personnellement j’ai choisi la gériatrie. C’est l’une des branches les plus humaines de la médecine et qui exige un travail en équipe. La prise en charge de la personne y est globale : réalité médicale et physique mais également réalité sociale et humaine de la personne. Impossible en effet de traiter la polypathologie par petits morceaux. Alors je me suis décidée et j’ai fermé mon cabinet. Pourtant, en médecine, si vous dites que vous êtes chirurgien c’est bien, si vous annoncez que vous êtes gériatre… la réaction n’est pas tout à fait la même! »
Soigner, soulager sans pouvoir guérir
Le travail en soins palliatifs rend modeste. On accueille des personnes qui vont mourir bientôt et dont la pathologie ne peut être guérie. Notre rôle est de lui apporter tous les soins nécessaires pour la soulager et l’accompagner jusqu’au bout de son chemin, avec sa famille. Ceci suppose pour les soignants un changement de posture radical : soigner, soulager mais sans guérir.
Les choses se compliquent avec la maladie d’Alzheimer
Il arrive que les personnes ne se souviennent pas d’avoir été opérées. S’il est possible de la ralentir, il est impossible d’arrêter la maladie d’Alzheimer qui évolue toujours vers une aggravation… Imaginez le sentiment de panique lorsque la personne malade ne reconnaît plus l’endroit où elle se trouve, ni le médecin, ni l’équipe de soignants. Si la mémoire s’efface, en revanche les affects demeurent mais sans les mots pour les dire. Pour les soignants, la situation devient très difficile : ils doivent considérer qu’il s’agit d’une maladie impossible à soigner et persister néanmoins à maintenir une confiance dans la relation. »

