Sur les 80 résidents du Moulin, 40 souffrent de pathologies apparentées à la maladie d’Alzheimer. Toutes les semaines, certains d’entre eux se donnent rendez-vous avec les souvenirs et l’actualité.

PAROLES à la résidence les Moulins

Anne Savigneux, psycho-clinicienne, a proposé à Dominique Gerbi, directrice de la résidence, de mettre en place en 2004 un groupe de parole pour favoriser un travail régulier d’expression et de remémoration. Soutenu depuis 2005 par la Fondation Médéric Alzheimer, ce groupe réunit depuis deux ans 4 à 6 personnes qui se retrouvent, deux fois par semaine, pour évoquer leurs souvenirs, leur vie professionnelle et familiale, l’actualité.
Depuis 2006, le groupe accueille également un membre de l’équipe. Il est très important que ce travail se déroule dans un cadre, un lieu, des places et une heure fixes.
Chaque séance donne lieu à des échanges tapés sur ordinateur, qui sont relus à voix haute en ouverture de chaque nouvelle séance.
Anne Savigneux, Madame J., Monsieur D. et Madame L. évoquent souvenirs et actualité. – La dernière fois vous disiez  “Mon mari et mon fils se débrouillaient quand j’étais en clinique…” Pouvez-vous nous dire ce que vous faisiez en clinique Madame J. ?
– Ah ? Oui ! C’est exact. J’ai donné beaucoup dans ma profession et j’étais très convaincue par mon métier… Oh ! Tout revient d’un coup. C’est la vie, vous comprenez ? J’ai donné la vie. Il faut que je fasse attention parce que j’en pleurerais… Non, ce n’est pas difficile de faire naître. On s’y prépare. On sait ce qu’il faut faire. Non, ce n’est pas impressionnant. C’est extraordinaire !
– Oui, c’est magique. C’est ce qui me vient Madame J., dit Madame L. Moi ? Je suis Madame L., sans profession. Pas “cent professions” n’est-ce-pas, sans profession tout court. J’ai été femme au foyer. J’aimais entretenir, rendre agréable ma maison. J’y tiens. Je suis de 1913, je ne suis pas jeune.
- Moi ? dit Monsieur D. Maintenant j’écris beaucoup, sur le nom des fleurs et sur le foot aussi. J’aimais aussi beaucoup chanter : « on n’a pas tous les jours vingt ans ! Ça nous arrive une fois seul’ment »… Je chantais beaucoup et voyez-vous il y avait un piano déjà. Oh oui, on en écrit des choses ! Beaucoup de choses. On a travaillé beaucoup sur tous les sujets, depuis quinze ans déjà…
– Oh ! Non. Pas quinze, deux ans Monsieur D. Deux ans…
– Ah ! Oui. Deux ans ! J’y allais un peu fort mais enfin, on a bien travaillé.